Les larmes de l'assassin - Anne-Laure Bondoux
- mandyrighini
- 13 févr.
- 2 min de lecture
Les larmes de l'assassin
Anne-Laure Bondoux
Paru en 2017
Chez Bayard jeunesse

Résumé :
L'homme et la femme Poloverdo avaient un enfant qui poussait comme le reste sur cette terre, c'est-à-dire pas très bien. Il passait ses journées à courir après les serpents. Il avait de la terre sous les ongles, les oreilles décollées à force d'être rabattues par les rafales de vent, et s'appelait Paolo. Paolo Poloverdo.
C'est lui qui vit venir l'homme, là-bas, sur le chemin, par un jour chaud de janvier. Cette fois-là, ce n'était ni un géologue, ni un marchand de voyages, et encore moins un poète. C'était Angel Allegria. Un truand, un escroc, un assassin.
Avis :
Suberbe voyage philosophique en plein cœur du Chili, où la peine de mort est toujours d'actualité.
Ce court roman choc commence par l'arrivée d'Angel, un assassin sans scrupcule dans la ferme de la famille Poloverdo. Déjà, notez l'oxymore avec ce prénom pour le moins incongru. Il tuera les parents afin de s'approprier la maison et décidera étrangement de garder le petit garçon en vie.
S'ensuivra une relation aussi fusionnelle que complexe entre Angel et Paolo. Syndrome de Stockholm ? Très certainement... Cependant, l'autrice apporte sa propre nuance. Sans prise de position, à l'instar de Paolo, elle nous laisse faire notre propre chemin.
La rédemption est-elle possible pour un tel homme ? Impossible de cautionner ses actes et pourtant... On entre subrepticement dans la tête d'Angel. On y voit ses doutes, ses peines, ses incompréhensions. Le profil psychologique était très intéressant à cerner.
Au passage, on fera des rencontres qui marqueront nos persos au fer rouge. C'est Ricardo qui m'aura le plus émue et j'ai été réceptive à la touche de fantastique ésotérique concernant ses enfants. Tellement simple. Tellement beau.
La fin est juste. Ou injuste. Encore une fois, malgré ce que nous dicte la bonne conduite, notre cœur est pris à partie. Comment ne pas être un tant soit peu ébranlé par l'étrange construction de vie de cet enfant, bercé par un homme qui n'a fait que verser le sang.
"Il savait qu'il n'en avait pas le droit puisqu'il n'était pas mort. Il faisait bien la différence : dans ce monde, sur cette terre perdue seuls les morts connaissaient le repos. Les vivants, eux, n'avaient qu'à serrer les dents pour supporter l'existence."
"En ville, les gens vivent les uns sur les autres, disait-il à Paolo. C'est ça qui les rend nerveux.
—C'est pour ça que tu es devenu un assassin ? interrogeait le gamin.
—J'en sais rien.
—Pourquoi tu ne m'as pas tué ?
—Faut croire que tu ne me rendais pas nerveux."
"Il y a des métamorphoses très discrètes [...] Celles qui se passent dans notre âme, par exemple, ne sont pas toujours visibles."
"—Tu es donc si vieux ?
—Il ne me reste plus beaucoup de livres à lire, répondit-il.
Et l'enfant, surpris et admiratif, imagina la bibliothèque de Ricardo comme une réserve d'oxygène. Si la durée d'une vie était si étroitement liée au nombre de livres qu'on possédait, alors cela expliquait en partie la mort soudaine de ses parents : chez eux, il n'y avait pas un seul livre !"
"Tu te rappelles ? [...] Quand nous vivions dans ta maison, je t'ai demandé de te souvenir du jour de ta naissance ?"





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