L'huile sur le feu - Hervé Bazin
- mandyrighini
- 7 avr. 2025
- 3 min de lecture
L'huile sur le feu
Hervé Bazin
Paru en 1954

Résumé :
Toujours plus vive, la lueur tourne à l'orange, son centre devient éblouissant et, soudain, fuse, monte en torche, livre au vent de longs effilés rougeoyants... Le feu! Plus de doute.
C'est le feu.
La silhouette balance et frémit.
Mais l'homme se redresse aussitôt, se carre sur ce plan de ciel embrasé, dans une espèce de gigue... on dirait qu'il brûle lui-même avec joie, ou, mieux, que la flamme se dégage de lui, qu'il la souffle, poitrine pressée à pleins bras.
Portrait d'un incendiaire, L'huile sur le feu est un des romans les plus beaux et les plus émouvants du grand écrivain Hervé Bazin.
Avis :
Hervé Bazin, l'auteur du 20e siècle connu pour ses œuvres autobiographiques comme Vipère au poing.
Plus jeune, je l'avais adoré et j'ai voulu retenter l'aventure avec ce roman qui se disait un peu à part.
Des années plus tard, je peux affirmer que j'aime toujours autant sa plume incisive et percutante. J'adore les intentions qu'il place dans ses mots malgré la vision assez pessimiste.
Ici, nous sommes face à un polar, loin de ses sujets de prédilection. Un pyromane sévit dans la région et le Sergent Colu, père de Céline, passe son temps à aller éteindre les incendies avec ses compagnons.
Mais malgré cette enquête policière, censée être sur le devant de la scène, Bazin ne peut s'empêcher d'y placer une morale sur la famille. En parallèle de la recherche du coupable, on se retrouve au milieu d'un couple dysfonctionnel. La parole est donnée à leur enfant, déchirée entre les 2 parents. Son questionnement est cornélien. Même nous, peinons à nous positionner. La femme est érigée en grande méchante, mais est-ce si simple ?
Et la façon qu'avait Céline de se détacher, en parlant souvent à la 3e personne, comme si elle était extérieure à l'histoire, apportait en intensité.
La fin est une pure apothéose de drame. Elle a su me donner des sueurs froides. Dans de telles conditions, difficile de trouver encore des circonstances atténuantes au coupable...
"Pour les gens qu'elle dénonce, l'habitude de dire un peu vivement la vérité relève en effet du cynisme. Pour les autres ce n'est plus que de la franchise, si même ce n'est pas du courage. Pour moi enfin, c'est simple liberté de bouche : comme le castor, j'ai besoin de m'user les dents."
"Quand le compte des ans passe le compte des dents... tu commences à les perdre, et bien d'autres choses avec!"
"Calivelle a raison, mais Besin n'a pas tort", dit-il en m'entraînant.
Ce qui n'était pas un jugement de Pilate, mais tenait compte de ces deux aspects que présentent beaucoup de problèmes pratiques et dont la politique ne voit jamais qu'un seul."
"Quand on habite une maison Colu et que votre ambition est d'y rester en maintenant autour de vous tous les Colu, l'article premier de la sagesse, c'est de ne pas trop faire la subtile, de ne pas chercher à comprendre, à discuter, de travailler des lèvres plutôt que la langue."
"Dans un sens, l'admirable confiance que mon père ou ma mère ont en ma discrétion n'est pas sans m'honorer, mais la façon dont elle et lui — surtout elle — essaient d'en abuser m'incite vivement à trouver une forme de neutralité active : une neutralité qui déjoue les plans des deux adversaires."





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